Je sais bien qu'ici on est plus intello que sportif dans l'ensemble. Mais j'aime les défis!
Alors je vais vous parler du deuxième grand prix d'Ambatorao, Madagascar, avec cette fois, un chapitre spécial GIRL POOOWER !
L'année dernière, on avait organisé une première course au village, où on avait bien rigolé. Mais on n'avais eu qu'une fille, que j'avais aidée à finir pour lui éviter les sarcasmes des mecs. Une seule fille et les mecs qui se moquent, vous pensez bien que ça allait m'énerver. Donc pour l'édition de cette année, on a frappé fort, on a ramassé 30 kilos de lots en tous genres par l'intermédiaire de forum de course (T-shirts techniques, montres, coupe-vents - très utiles aux pêcheurs- quelques paires de pompes, bref que du neuf, obligatoire, je ne voulais pas d'un caphon au rabais). Et pour les filles, une dizaine de magnifiques soutifs olé olé, tout neufs aussi, de la part d'une copine bossant dans la lingerie. Comment ça les féministes foutaient leurs soutifs au feu? Ben ça a évolué voilà. :P
Où les choses ne sont pas toujours aussi simples qu'on aimerait qu'elles soient:
Pourtant ce n'était pas gagné! Si une certaine effervescence s'était emparée du village les semaines précédant la course, prévue le 23 décembre, les esprits se sont étrangement refroidis pendant les derniers jours.
Le trac? La présence d'esprits chagrins essayant de décourager les moins motivés, par jalousie? (ah bah oui, c'est pas parce qu'on est dans un pays pauvre que c'est forcément toujours solidaire)
Certaines filles, notamment, ont dues être un peu secouées, surtout face aux hommes du village. Pour faire simple, elles n'osaient pas vraiment faire cette course. Peur de ne pas y arriver, peur que [i]"les garçons se moquent de nos tétous qui vont bouger quand on court"[/i], c'était épique. D'autant que certaines s'étaient entraînées. D'une manière générale, dans un village malgache comme dans certains villages français, on est largement aussi narcissique et susceptible d'éprouver un petit sentiment de honte en cas d'échec, même très relatif, c'est comme ça, le regard des autres est terrible.
J'ai laissé faire le mâle quand même, vu que je ne parle pas malgache moi. Il a demandé aux filles pourquoi donc elles s'étaient entraînées pendant plusieurs semaines si c'était pour ne pas courir au final et leur a fait un genre de sermon à la Gisèle Halimi, où il était question d'envoyer bouler les garçons (si si...). Bref, ça a marché, 7 filles + moi.
Personnellement nous n'étions pas au bout de nos frayeurs. Presque aussi terrible que le spectre d'une faible participation féminine....la possible défection de la star locale, vainqueur de la première édition et d'autres courses depuis, Jean-Zélo. Voilà que 4 jours avant, il ne trouve rien de mieux que de nous faire une crise de palu. ARRRRGGGG. Et la veille, les autres nous disent qu'il ne compte pas courir, pas remis.
GRO-SSE PANIQUE. Ah ben oui moi c'est comme ça, je fais la gueule si Jean-Zélo n'est pas là, parce que c'est notre champion et le seul qui s'entraîne à peu près régulièrement. Mais POURQUOAAA faut-il qu'il soit malaaaaade?????
Le betsa-betsa est tiré, il faut le boire:
On a rallongé la course d'1 km cette année, pour 12,9 km au total. Toujours sur le même parcours de chemins, pistes défoncées et caillouteuses, vallonné, avec en petit 200 m de dénivelé positif, et pareil de négatif.
Le départ est prévu à 5h30. De nouveau, le marquage se fait au feutre sur le bras, comme sur un tri. Ce sera la dernière fois, la prochaine fois on prévoira des dossards, plus visibles, et évitant le bazar à l'arrivée.
Ils seront 34 garçons et 8 filles (dont moi) à prendre le départ. Une des filles vient d'un autre village, une "étrangère", c'est bien. Lau est sûr que Tatiana va gagner, elle est très rapide sur un terrain de foot. Elles sont toutes pieds-nus sauf une. Sur la ligne, Tatiana enlève ses tongs et les enfile sur ses mains...
5 minutes avant le départ, Zorro arrive enfin! S'il n'avait pas l'air d'avoir perdu 4 kilos, on aurait pu penser qu'il avait calculé son effet! Il a l'air motivé mais bien maigre. Mais comme il a sur le dos MON T-shirt Prom Classic orange taille S voire XS (ils ne sont pas épais là-bas), je me dis que ça va bien se passer avec une telle tenue de pro!
Cette fois, la course passe d'abord dans le village, ce qui est assez rigolo. Les mamies nous encouragent et les gamins se marrent. Je me retrouve très vite avant-dernière. Je prévois d'attendre ma poursuivante au demi-tour si elle a du mal mais je me rendrai compte plus tard qu'elle a abandonné, comme un autre gars. J'en suis assez triste, d'autant qu'elle s'est entraînée. Je ne sais pas si c'était vraiment trop dur, ou si elle n'a pas supporté d'être dernière.
Quelques dix ou 15 minutes avant mon passage au demi-tour, je vois arriver la tête de course, et YES, Jean-Zélo est premier, et loin devant. Il a l'air de bien aller, sauf qu'il est trempée de sueur. Le reste de la troupe suit, et au bout d'un moment, je vois débouler Tatiana, en super forme, avec plein de jeunes gars derrière elle, parfois loin. Puis deux autres petites, dont l'une, Pascaline, troisième à ce moment-là, qui, du haut de sa petite trentaine, va boulotter la temporaire seconde de moins de 20 ans. Et puis je croise le "vieux" Marcel. Bon, 50 ans, c'est pas vieux quand même, mais à Madagascar, ça fait son petit âge déjà.
Les dernières filles font leur demi-tour quelques 3 min avant moi. Je vide à peu près 1 litre de flotte au ravito.
En rentrant je croise des paysans qui vont aux champs, qui m'encouragent et je continue cahin-caha, dans la chaleur qui est bien là, pour arriver bonne dernière, en 1h20, devant près de 300 personnes hilares!
La remise des prix:
Malgré la construction d'un couloir d'arrivée, il y eut de la confusion dans le classement. Heureusement, on avait tellement de lots que ça n'a pas eu de conséquence, tout le monde a eu au moins 2 fringues.
En plus Diabolo avait organisé une loterie en préparant des petits papiers avec numéros de dossards la veille, pour redistribuer le reste.
Jean-Zélo est arrivé 1er en 46min15. Il a décidé de faire le marathon de Diego l'an prochain, après avoir gagné un vélo sur une autre course dans le courant de l'année. Pour un mec qui a commencé l'an dernier, c'est une bête. Tatiana, première fille en 1h01. Jaomar est encore arrivé 1er vétéran, et Marcel, qui a couru en chaussures d'eau et chaussettes, a eu la médaille du plus ancien coureur, et le lot qui va avec. Alors lui c'est vraiment une vedette.
Et surtout, 6 filles sur 7 ont fini, et toc dans les dents des machos du village.
Avant la constitution des podiums, on a lu une lettre de Fanja Felix, la triple championne de France 800 et 1500 m, originaire de Madagascar, et donné sa photo dédicacée aux premières filles. Elle est super sympa cette fille, elle nous avait écrit une lettre pour les filles du village. C'est génial elle est triple championne de France et elle est femme de ménage dans un hôtel. Hors football vous êtes morts chez nous.
Le tournoi de foot des petits s'est bien passé, c'est Ambatorao qui a gagné, ce qui fait que toutes les coupes sont restées au village!
Voilà, c'est pas de l'humanitaire, c'est juste un peu de lien entre les gens et un caphon rigolo. :)
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