Sur les têtes,
Habillés comme à la fête,
Cent valeureux chapeaux
Déambulent dans le métro.
Il est tôt.
Ils se rendent au boulot,
Surmontant de tout leur haut
Les mines fades et défaites
Trop passées sous les rouleaux.
Cent chapeaux sont sans défaites
Sur les quais matelassés
De ceux qui, comme quête,
N'ont qu'un œil pour pleurer.
Ils ont l'art de l'arbalète,
De la flèche lancée,
Qui sur un monde bête
Ne peut plus s'arrêter.
Cent chapeaux sont gypaètes,
Vautours apeurés.
Cent chapeaux sont indigètes
Et les hommes sont pollués.
Cent chapeaux ont pour alliées
Des centaines de cravates.
Dans la rame bondée
Elles se serrent la patte
Ou se bouchent le nez
A la barbe d'un acrobate ;
A la barbe d'un acrobate tombé
Bien trop bas sur l'asphalte.
Cent chapeaux et cent cravates
S'en vont, scandalisés,
Dans cet air bien moite ;
S'en vont pour travailler !
Cent chapeaux sont très très fiers,
Cent autres sont usés.
Cent cravates, au cimetière,
Suivent le car d'un suicidé.
A l'entrée des beaux bureaux
C'est cent pour cent chapeau,
C'est cent pour cent cravate,
Et tout est rassurant.
Sur les portes manteaux
Les chapeaux se reposent
Tandis que les cravates,
Un peu plus resserrées,
Continuent dans l'épate
Et dans l’assermenté.
Le fer reste à battre
Il reste la journée
Qui prendra fin le soir
Quand tout sera bouclé.
Et puis la nuit venue
Cent chapeaux cent cravates
Finissent le boulot,
Reprennent les métros.
Ils ont tout l'air de blattes
Dotées de gros cerveaux.
Devant eux l'acrobate
S'accroche à son goulot.
Sans chapeau, sans cravate
Il ne boit même plus d'eau.
Sur les têtes,
La mise très honnête,
Cent valeureux chapeaux
Le laissent dans leurs dos.
Il est tard,
Il fait déjà noir,
Ils courent au chaud,
Déboulent du métro,
S'enferment dans un studio
Pour savourer tout haut
Leurs dernières conquêtes
Avant la nuit complète.
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